À 2 004 mètres d'altitude, la plus haute réhabilitation
d'une station télégraphique Chappe
se dresse enfin sur la partie alpine de la ligne de Milan

 

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Le poste de Sardières, en Savoie, agite de nouveau ses bras sur le promontoire du Mollard-Fleury dominant la vallée de la Haute Maurienne.

Cette reconstruction de montagne fut à la fois une longue, difficile et formidable aventure.

D'ailleurs, notre spécialiste confirmé de la télégraphie Chappe, Michel Ollivier, qui, par son précieux concours et son suivi des travaux à distance, a permis la reconstruction de ce télégraphe dans les règles de l'art, confie "... c'est un grand moment pour moi... une étape importante vient d'être franchie. Il est quand même exceptionnel, qu'après deux siècles, avec les mêmes moyens, presque les mêmes outils, le même appareil soit érigé en un même lieu... Seuls les mulets ont été supplantés par l'hélicoptère... Ce sont des images paradoxales, d'un côté camion et hélico et de l'autre travail à l'ancienne tel qu'en 1807... "
En effet, la reconstruction de ce baracon, effectuée par l'entreprise de charpente Chardon Frères à Saint-Pierre d'Entremont, spécialisée dans la restauration du patrimoine, est fidèle au modèle de l'époque du télégraphe des Alpes dessiné par l'inspecteur Cattaneo en 1809.

Après montage en atelier du télégraphe, du mât et du mécanisme, démontage, transport et héliportage de 17 charges sur le site du Mollard Fleury pour mise en place. L'opération la plus délicate et la plus spectaculaire restait à faire. Dresser le mât montant de 900 kg couché au sol au bord du précipice avec un appareil d'époque très rustique "l'écoperche". L'écoperche est une chèvre simplifiée qui servait à monter les charges lourdes, composée d'un mât unique aubané surmonté d'une poulie et muni à sa base d'un treuil.

Cette opération menée de main de maître par Laurent et Eric Chardon, aidés de leur équipe de charpentiers, ferronnier-serrurier, et dessinateur industriel déclencha les applaudissements de l'assistance, après un silence de plomb et un moment d'intense émotion durant tout le levage.

Il ne restait plus qu'à arroser la réussite de l'événement et à goûter la polenta des frères Chardon !

Voilà dix ans que l'association d'Histoire d'Archéologie et du Patrimoine de Sollières-Sardières, oeuvrait à ce rétablissement.

En effet, en 2002, un document des archives d'État de Turin permettait de retrouver les vestiges de ce relais télégraphique envahi par la végétation et abandonné depuis 1814. Il s'agissait alors du premier site localisé en Savoie et des premiers contacts avec Stéphanie de la FNARH, MM. Guy De Saint Denis et Michel Ollivier.

Après deux campagnes de fouilles en 2004 et 2005, ces ruines sont mises à jour. Le matériel recueilli, et plus particulièrement une monnaie du roi Charles-Emmanuel IV, confirme la datation du site.

Dans le cadre de la requalification d'ensemble du site du monolithe de Sardières, au coeur du Parc national de la Vanoise, (constituant une véritable curiosité naturelle, déjà très fréquenté) et de ses accès, un agréable sentier forestier conduisant à ces vestiges est balisé en 2007 et un panneau thématique présente le télégraphe Chappe.

Devant l'intérêt historique de ce poste télégraphique de la ligne Paris – Milan établie sur les ordres de Napoléon Ier et qui franchit les Alpes par la Haute-Maurienne, le Mont-Cenis et le Val de Suse de 1807 à 1814, et la beauté saisissante de son environnement, l'opiniâtreté de notre équipe de passionnés se montre convaincante auprès de la mairie de Sollières-Sardières pour qu'elle entreprenne une démarche de réhabilitation du site et auprès de partenaires financiers pour qu'ils l'aident dans cette entreprise.

Des financements public (État, Conseil Général de la Savoie, Parc national de la Vanoise) et privé permettent alors d'entreprendre en 2010 les travaux de maçonnerie et en 2012 la reconstruction du télégraphe.

À peine le temps de réceptionner définitivement les travaux et de lui bloquer les ailes pour affronter l'hiver que le baracon se recouvrait de son manteau neigeux.

Ainsi, ces vestiges ont retrouvé toute leur splendeur et valent le détour, possible grâce aux trois sentiers pédestres thématiques rejoignant le site au départ du monolithe, de la place de l'église de Sardières et du pont des Balmes d'Aussois.

Dès cet été, le poste sera ouvert gratuitement au public chaque lundi. D'ici là, on peut observer sa silhouette du village.

Alain Peynichou


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